{"id":2821,"date":"2022-12-12T16:00:23","date_gmt":"2022-12-12T15:00:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cabinet-sj.com\/?p=2821"},"modified":"2022-12-12T16:00:23","modified_gmt":"2022-12-12T15:00:23","slug":"rupture-abusive-de-proposition-d-embauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cabinet-sj.com\/2026\/?p=2821","title":{"rendered":"La condamnation \u00e0 68 millions d\u2019euros en Espagne pour rupture abusive de proposition d\u2019embauche est-elle possible en France ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"font-weight: 400;\">La premi\u00e8re banque d\u2019Espagne, <a href=\"https:\/\/www.bancosantander.es\/particulares\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">SANTANDER<\/a>, a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e pour rupture abusive de proposition d\u2019embauche. La justice espagnole a condamn\u00e9 la banque par jugement du 9 d\u00e9cembre 2021, \u00e0 verser pas moins de 67, 8 millions d\u2019euros au banquier <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Andrea_Orcel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Andrea ORCEL<\/a>, aujourd\u2019hui Directeur G\u00e9n\u00e9ral de la banque UNICREDIT\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>17 millions d\u2019euros au titre de la prime d\u2019arriv\u00e9e<\/li>\n<li>35 millions d\u2019euros au titre de la clause de rachat<\/li>\n<li>5,8 millions d\u2019euros d\u2019indemnit\u00e9 \u00e9quivalent \u00e0 deux ans de salaire<\/li>\n<li>10 millions d\u2019euros d\u2019indemnit\u00e9 au titre du pr\u00e9judice moral et atteinte \u00e0 sa r\u00e9putation<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En septembre 2018, la banque Santander a annonc\u00e9 la nomination d\u2019Andrea ORCEL au poste de Directeur g\u00e9n\u00e9ral et lui a remis une \u00ab\u00a0<em>lettre de proposition d\u2019emploi<\/em>\u00a0\u00bb de quatre pages pr\u00e9voyant les clauses du contrat de travail.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Apr\u00e8s plusieurs mois de n\u00e9gociation et un d\u00e9saccord sur la r\u00e9mun\u00e9ration du banquier, la banque espagnole a choisi de r\u00e9tracter sa proposition, ce qui a men\u00e9 Andrea ORCEL \u00e0 saisir les tribunaux comp\u00e9tents pour \u00ab\u00a0<em>rupture du contrat<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le juge espagnol a consid\u00e9r\u00e9 que \u00ab\u00a0<em>Le contrat a \u00e9t\u00e9 r\u00e9sili\u00e9 unilat\u00e9ralement et arbitrairement par Banco Santander<\/em>\u00a0\u00bb et que <em>\u00ab\u00a0La situation cr\u00e9\u00e9e par Banco Santander a caus\u00e9 \u00e0 Andrea Orcel un pr\u00e9judice moral \u00e9vident\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Cependant, cette condamnation pour rupture abusive de proposition d&#8217;embauche espagnole est-elle transposable en Droit fran\u00e7ais\u00a0?<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Pour r\u00e9pondre par la n\u00e9gative \u00e0 cette question, il faut\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>s\u2019int\u00e9resser \u00e0 l\u2019acte juridique qu\u2019est \u00ab\u00a0<em>la lettre de proposition d\u2019emploi<\/em>\u00bb et comprendre s\u2019il s\u2019agit d\u2019une promesse ou d\u2019une offre<\/li>\n<li>connaitre le r\u00e9gime juridique applicable<\/li>\n<li>analyser et comparer les sommes octroy\u00e9es entre les jurisprudences espagnoles et fran\u00e7aises<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">La diff\u00e9rence entre l\u2019offre et la promesse d\u2019embauche en Droit fran\u00e7ais<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En l\u2019esp\u00e8ce, la probl\u00e9matique a \u00e9t\u00e9 de d\u00e9terminer quelle \u00e9tait la qualification juridique de la proposition d\u2019emploi. Le juge espagnol a consid\u00e9r\u00e9 que cette proposition valait contrat de travail entre les parties et de ce fait, que l\u2019employeur avait r\u00e9sili\u00e9 unilat\u00e9ralement le contrat.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En Droit fran\u00e7ais, l\u2019analyse juridique aurait \u00e9t\u00e9 diff\u00e9rente.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En effet, l\u2019ordonnance de 2016, relative \u00e0 la r\u00e9forme du droit des obligations (Ord. n\u00b0 2016-131 du 10 f\u00e9vr. 2016) a permis \u00e0 la Cour de cassation d\u2019op\u00e9rer un revirement de jurisprudence et de modifier son appr\u00e9ciation des propositions d\u2019embauches en distinguant l\u2019offre d\u2019embauche de la promesse d\u2019embauche (Cass. soc., 21 sept. 2017, n\u00b0 16-20.103 et n\u00b016-20.104).<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019offre de contrat de travail requiert la pr\u00e9sence de deux \u00e9l\u00e9ments cumulatifs\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les \u00e9l\u00e9ments essentiels du contrat de travail (l\u2019emploi, la r\u00e9mun\u00e9ration, la date d\u2019entr\u00e9e en fonction)<\/li>\n<li>la volont\u00e9 de l\u2019employeur de s\u2019engager selon les termes convenus, en cas d\u2019acceptation du salari\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p style=\"font-weight: 400;\">A d\u00e9faut, la proposition s\u2019analyse en une simple invitation \u00e0 entrer en n\u00e9gociation, la volont\u00e9 claire et non \u00e9quivoque de l\u2019employeur de recruter le salari\u00e9 n\u2019\u00e9tant pas av\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Contrairement \u00e0 l\u2019offre, la promesse d\u2019embauche est un contrat. Celle-ci doit \u00e9galement contenir les deux \u00e9l\u00e9ments cumulatifs susmentionn\u00e9s mais elle doit aussi faire l\u2019objet d\u2019un accord de volont\u00e9 entre les parties.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Concr\u00e8tement, la promesse d\u2019embauche est un contrat \u00e0 part enti\u00e8re qui doit \u00eatre sign\u00e9 par les deux parties.\u00a0La signature du salari\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficiaire ne signifie pas qu\u2019il consent \u00e0 lever l\u2019option et donc \u00e0 \u00eatre embauch\u00e9 imm\u00e9diatement, mais qu\u2019il accepte d\u2019\u00eatre b\u00e9n\u00e9ficiaire d\u2019une promesse d\u2019embauche. Il pourra ensuite lever l\u2019option dans le d\u00e9lai qui lui est imparti.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le document remis au banquier, en guise de proposition d\u2019embauche, n\u2019\u00e9tait pas un contrat \u00e0 part enti\u00e8re. En cons\u00e9quence, contrairement au juge espagnol, le juge fran\u00e7ais n\u2019aurait pas pu qualifier la proposition d\u2019embauche de contrat de travail. Selon les \u00e9l\u00e9ments de la lettre, celui-ci aurait certainement opt\u00e9 pour l\u2019offre d\u2019embauche.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">La rupture de proposition d\u2019embauche<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Le juge espagnol, ayant consid\u00e9r\u00e9 qu\u2019un contrat de travail avait \u00e9t\u00e9 convenu, la r\u00e9tractation de la banque a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e en une rupture du contrat de travail.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En droit fran\u00e7ais, la r\u00e9tractation fautive d&rsquo;une promesse d\u2019embauche s\u2019analyse toujours en une rupture fautive du contrat de travail.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En revanche, la r\u00e9tractation fautive d\u2019une offre d\u2019embauche n\u2019ouvre droit pour le destinataire de l\u2019offre qu\u2019\u00e0 des dommages et int\u00e9r\u00eats pour le pr\u00e9judice subi. Cependant, l\u2019indemnit\u00e9 ne pourra jamais comprendre la perte de chance de r\u00e9aliser les gains escompt\u00e9s du contrat de travail.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En France, le banquier s\u2019estimant l\u00e9s\u00e9 n\u2019aurait pu obtenir que des dommages et int\u00e9r\u00eats pour rupture fautive de l\u2019offre d\u2019embauche et, par cons\u00e9quent, les sommes octroy\u00e9es auraient \u00e9t\u00e9 bien plus modestes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 style=\"font-weight: 400;\">Les sommes exorbitantes in\u00e9galables en France<\/h2>\n<p style=\"font-weight: 400;\">La condamnation au paiement de 67,8 millions d\u2019euros parait extraordinaire, notamment pour un pays europ\u00e9en mais aussi au regard du droit fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En effet, il n\u2019y a pas de pr\u00e9c\u00e9dent devant le juge prud\u2019homal fran\u00e7ais d\u2019une telle condamnation relevant d\u2019une simple rupture abusive de proposition d\u2019embauche ou bien m\u00eame d\u2019une promesse d\u2019embauche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">En France, les indemnit\u00e9s sont souvent plafonn\u00e9es ou limit\u00e9es, c\u2019est notamment ce que pr\u00e9voit le \u00ab\u00a0<em>bar\u00e8me Macron<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0en cas de licenciement abusif. L\u2019indemnit\u00e9 se calcule en fonction de l\u2019anciennet\u00e9 et le maximum pr\u00e9vu pour une anciennet\u00e9 de 30 ans et plus, est une indemnit\u00e9 de 20 mois de salaire brut.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Or, la rupture abusive de proposition d\u2019embauche du banquier lui a permis d\u2019obtenir 5,8 millions d\u2019euros, l\u2019\u00e9quivalent de 2 ans de salaire, soit 24 mois de salaire brut sans aucune anciennet\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Aussi, en droit espagnol, comme en droit fran\u00e7ais, les dommages et int\u00e9r\u00eats sont octroy\u00e9s par les juges prud\u2019homaux de fa\u00e7on discr\u00e9tionnaire, sans plafond. Or, il n\u2019y a pas non plus de d\u00e9cision fran\u00e7aise ayant octroy\u00e9 10 millions d\u2019euros au titre du pr\u00e9judice moral \u00e0 la suite d\u2019une rupture de proposition d\u2019embauche.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">L\u2019une des plus grosses condamnations, r\u00e9cemment enregistr\u00e9es en France, est celle de\u00a0la Soci\u00e9t\u00e9 G\u00e9n\u00e9rale face \u00e0 son ex-courtier J\u00e9r\u00f4me KERVIEL, condamn\u00e9e au paiement de 450.000 euros pour licenciement abusif et propos vexatoires. Somme bien loin des 67,8 millions d\u2019euros, pourtant le courtier disposait d\u2019un contrat de travail et de plusieurs ann\u00e9es d\u2019anciennet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"font-weight: 400;\">Par cons\u00e9quent, l\u2019octroi des 67,8 millions d\u2019euros pour rupture abusive de proposition d\u2019embauche, parait totalement impossible en France, m\u00eame en pr\u00e9sence de poste \u00e0 haute responsabilit\u00e9 et haut salaire.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Notre cabinet d&rsquo;avocats situ\u00e9 dans les Alpes-Maritimes conseille et d\u00e9fend ses clients pour des affaires de droit du travail. Si vous souhaitez \u00eatre conseill\u00e9 ou d\u00e9fendu il vous suffit de <a href=\"\/2026\/?page_id=1028\">prendre rendez-vous<\/a>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2>Poursuivez votre lecture sur la rupture abusive de proposition d\u2019embauche :<\/h2>\n<p class=\"entry-title fusion-post-title\"><a href=\"\/2026\/?p=832\">Rupture abusive du CDD par l\u2019employeur<\/a><\/p>\n<p class=\"entry-title fusion-post-title\"><a href=\"\/2026\/?p=2543\">Quelles sont les conditions pour rompre une p\u00e9riode d\u2019essai<\/a><\/p>\n<p class=\"entry-title fusion-post-title\"><a href=\"\/2026\/?p=2669\">Dur\u00e9e de la p\u00e9riode d\u2019essai raisonnable : appr\u00e9ciation au regard de la cat\u00e9gorie professionnelle<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re banque d\u2019Espagne, SANTANDER, a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e pour rupture abusive de proposition d\u2019embauche. 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